4- Addenda

Un roman de Saint-Fromond à découvrir gratuitement en ligne
et plus si affinités…

Où acheter les romans de Saint-Fromond

Barnabé, un roman de Saint-Fromond

J’eusse pu sembler parjure si j’eusse failli à la promesse faite à ce cher Barnabé de ne pas amender son texte. Pour autant, aussi puériles et anodins que puissent paraître ses propos, je ne puis perdre de vue que les mots peuvent être des armes. Ainsi, je me sens le devoir de rétablir quelques vérités que le regard enfantin de Barnabé a un tantinet déformées. Fidèle aux principes de discrétion qui guident ma conduite, je m’efforcerai de me blottir dans l’ombre de Barnabé, en n’apportant que quelques compléments et correctifs lorsque cela me semblera nécessaire à l’édification du lecteur et à la préservation de la réputation des acteurs de cette partie de la vie de Barnabé. Ce faisant, je tairai autant que possible les divers travaux historiques que j’ai menés et publiés sur l’histoire de la région de Montdunon et me contenterai de rectifier quelques menues erreurs de Barnabé. En effet, je me conforme au souhait qu’il exprimait dès nos premiers échanges lorsqu’il disait « un fonctionnaire est quelqu’un d’instruit ; je veux écrire un livre ». Je serai heureuse si je puis l’aider à faire de son livre, à sa modeste mesure, un outil de diffusion de la culture montdunienne.

A cet égard, il n’est pas inutile d’apporter quelques précisions sur le Pont-Vieux de Montdunon que Barnabé présente comme un pont romain. Comme chacun l’imagine immédiatement à la description sommaire qu’il en fait, ce pont n’est en rien romain. Ceci étant, il s’agit probablement du plus ancien des ponts du Moyen-Âge à avoir été construit pour la circulation des véhicules que l’on puisse encore voir en France. Mais involontairement, Barnabé n’a pas entièrement tort. En effet, la voie romaine conduisait exactement sur ce pont qui relie la Fontorse à la Mairie de Montdunon, non loin du confluent où l’Or et l’Argent, nos deux petites rivières locales, se rejoignent pour donner vie à l’Argentor dont la vallée verdoyante, propice à la promenade et à la réflexion, attire régulièrement maints poètes et rêveurs. Comme nous le suggère la présence de la voie romaine précisément à cet endroit, il existait auparavant ici un autre pont, romain celui-ci. Mais il fut très probablement détruit par les Normands entre 865 et 931. Le pont actuel fut quant à lui construit entre 1030 et 1050. Neuf arches le composaient alors. Il était pourvu d’éperons triangulaires sur l’amont et de contreforts plats sur l’aval qui ne montaient pas encore jusqu’au niveau de la chaussée. Trois tours le défendaient sur la première, la quatrième et la neuvième pile. Au XIVe siècle, un pont-levis fut ajouté à une extrémité, du côté de la Fontorse et les avants et arrière-becs étaient rehaussés jusqu’au niveau de la chaussée, de manière à former des gares triangulaires en amont et rectangulaires en aval, ce qui permettait aux véhicules de s’y croiser. A la fin du XVIIe siècle, le pont-levis fut remplacé par une dixième arche. Il fallut attendre 1749 pour voir le péage supprimé au nom de la liberté de circulation des denrées à l’intérieur du pays. Ce qui restait des tours et du bureau de péage fut alors détruit en 1778.

Le pont tel qu’il nous apparaît aujourd’hui est constitué de trois pierres : le grison, un granit à gros grain extrait de Montdunon, du calcaire dur couleur jaune or qui provient de Sourcarol et de Sasseran-la-Dole et du calcaire d’Angoulême, tendre et de couleur noire. Ce mariage des couleurs souligne l’architecture de notre Pont-Vieux, détachant la corniche et le parapet, noirs, des voûtes, des piles et des culées dont les reflets jaune doré dansent sur les eaux calmes de l’Argentor.

Il serait passionnant de parler de l’oppidum de la Mendelière que desservait sans doute la voie romaine et notamment des mystères qu’il recèle encore mais ce n’est pas ici le propos et Barnabé n’ayant pas abordé cet aspect, je m’en tiendrai à ses choix.

Néanmoins, en approchant de l’oppidum, Barnabé s’exprime de telle façon qu’il pourrait laisser entendre à quelque esprit mal intentionné que le docteur Chaumont aurait souhaité éloigner Barnabé pour être libre de poursuivre des buts inavouables. Je tiens avant tout à dire combien cette vision des choses me semble dénuée de tout fondement, et à quel point je réprouve l’accusation larvée que porte, involontairement cela va sans dire, notre cher Barnabé envers le docteur. Sans chercher le moins du monde à défendre qui que ce soit d’un crime dont personne n’est accusé, il m’apparaît dès lors indispensable de compléter la narration de Barnabé par quelques éléments de son histoire propres à éclairer le lecteur.

Avant toute chose, et pour bien comprendre la situation, il faut remonter au mariage de Catherine et Daniel, les parents de Barnabé. Catherine travaillait alors comme secrétaire chez le médecin de Montdunon. Le docteur Chaumont était tout jeune médecin et dès qu’il avait obtenu son diplôme, il avait choisi de s’installer dans cette petite bourgade tranquille au confluent de l’Argentor. La commune était si petite qu’il n’y avait pas de pharmacie. Le docteur Chaumont avait donc eu l’idée de créer une pro-pharmacie, c’est-à-dire une officine dans laquelle il pouvait délivrer les médicaments qu’il avait prescrits. Aujourd’hui, ce n’est plus guère autorisé car vous imaginez combien il peut être tentant de prescrire plus que le strict nécessaire. Mais loin de moi l’idée que le docteur Chaumont ait pu se laisser aller à cette dérive, même si chacun sait qu’en quelques années, il a pu se monter un beau petit patrimoine immobilier dans la région. Toujours est-il qu’entre les rendez-vous à organiser et à assurer et les médicaments à ordonner et à gérer, il y avait beaucoup de travail, même pour un jeune médecin plein d’enthousiasme. Il avait donc voulu prendre un peu de renfort et avait engagé Catherine. Qu’elle lui ait plu tout de suite est un secret de Polichinelle. D’abord elle était intelligente et discrète. Dans sa profession, c’étaient là des qualités essentielles. La discrétion de Catherine allait encore plus loin et ressemblait aussi à la timidité dont souffrait un peu Hubert Chaumont. Sans vouloir être mauvaise langue, nous étions alors nombreux à nous dire que s’il avait été un peu moins timide ou un peu plus rapide pour se décider, il n’aurait peut-être pas laissé à Daniel Chatain le temps de plaire à Catherine. Mais ce ne sont sans doute là que des supputations. A ma connaissance, Hubert Chaumont n’a jamais eu avec Catherine que des conversations professionnelles. Et il est toujours resté célibataire… De là à penser que le mariage de Catherine a laissé des traces profondes chez le docteur, il n’y a qu’un pas.

Le drame est arrivé un peu plus tard, à la naissance de Barnabé. Le docteur Chaumont suivait naturellement la grossesse de Catherine et n’avait pas cru nécessaire de l’envoyer à la maternité. A cette époque, les naissances à la maternité étaient des exceptions. Malheureusement, l’accouchement s’est très mal déroulé et la pauvre enfant n’a pas survécu. On a su par la suite que l’épreuve n’avait pas non plus été sans conséquence pour Barnabé qui est devenu cet éternel enfant que nous connaissons aujourd’hui. Bien qu’il n’y ait pas grand chose à reprocher au docteur, Daniel lui en a toujours voulu.

Il faut également préciser que Daniel Chatain avait un tempérament très fort. Je n’aime pas médire sur des personnes décédées mais l’on ne peut décrire correctement Daniel Chatain sans préciser qu’il était un syndicaliste acharné. Pour lui, le docteur était un patron qui gagnait beaucoup d’argent avec sa pro-pharmacie. Un patron, même s’il est notoirement de gauche, humaniste et franc-maçon comme Hubert Chaumont, n’en reste pas moins un patron et celui de Catherine qui plus est, l’homme entre les mains de qui elle a succombé. La haine de Daniel ne pouvait donc que s’ancrer très profondément. Depuis ce moment, Hubert Chaumont s’est quant à lui toujours senti très proche de Barnabé et un peu responsable de lui malgré l’inimitié de son père. Ce sentiment n’a fait que croître après la mort de Daniel. Peut-être au fond de lui-même le docteur Chaumont se sent-il tout de même un peu coupable…

————————————————

Vous aimez ?
Achetez le livre…

Où acheter les romans de Saint-Fromond

Retour au sommaire

Tous droits réservés
Diffusion partielle ou totale interdite sans autorisation expresse de Saint-Fromond

Vous aimez ? Faites-le savoir...

Laissez un commentaire

Votre commentaire