La vallée de l’Argentor

Deux romans de Saint-Fromond

Barnabé, un roman de Saint-Fromond La Korrandine de Tevelune, un roman de Saint-Fromond

L’Argentor coule doucement quelque part entre la Charente, le Limousin et le Poitou. L’Or prend sa source au creux d’une fontaine résurgente nichée au fond d’un pré. L’Argent naît un peu plus loin, sur le flanc d’une colline. Les deux ruisseaux serpentent quelque temps entre les prés et les bois avant de s’épouser pour donner naissance à l’Argentor. La vallée se marque alors un peu plus. La petite rivière se faufile dans les forêts odorantes, glisse entre les prairies et les champs de blé, de betteraves ou de maïs, coule sous le viaduc d’une voie de chemin de fer oubliée, serpente au milieu des villages qui l’ont jadis ornée de ponts et de lavoirs puis là-bas, quitte la vallée pour aller se jeter dans la Charente.

Là, loin des autoroutes et des trains à grande vitesse, loin des villes et des aéroports, on pourrait presque dire loin du monde, dans cette vallée un peu à l’écart, des femmes et des hommes vivent. Ici, les pierres et les arbres content des histoires. Châteaux et fermes fortifiées rappellent que maints pouvoirs féodaux se disputèrent cette région. Églises indestructibles et abbayes ruinées portent en elles les terribles guerres qui se menèrent au nom de Dieu ou des hommes. Cimetières et monuments aux morts gardent les traces de ceux qui tombèrent au siècle dernier, tout près ou très loin, au nom de la liberté ou d’idéaux moins présentables. Même les chemins creux les plus isolés se souviennent des bruits de bottes, des embuscades, des traversées silencieuses la nuit tout au long d’une ligne imaginaire qui coupait la vallée en deux zones, l’une libre et l’autre non.

Et l’Argentor conte aussi l’autre histoire, la petite, l’histoire quotidienne des gens ordinaires. Là, une enseigne presque effacée peinte jadis au-dessus d’une grange aujourd’hui fermée rappelle que les bourgs regorgeaient encore d’artisans, il n’y a pas si longtemps, lorsque l’agriculture et l’élevage nourrissaient toute une population. Ici, la petite usine installée à la sortie du village montre que si la vie n’est plus la même, si beaucoup de jeunes ont choisi de partir chercher du travail en ville, certains sont encore là et construisent chaque jour à leur mesure la nouvelle réalité rurale. La superette a remplacé les épiceries d’antan. Les écoles se sont regroupées pour survivre. Les ruraux d’aujourd’hui regardent à la télévision les banlieues s’enflammer et ne comprennent pas pourquoi là-haut on s’obstine à vouloir fermer les écoles dans les villages. Sans doute pour nourrir le mirage urbain, pour pousser un peu plus les gens à quitter la campagne et à aller s’entasser en banlieue, dans de grandes cages de béton, où ils vivoteront entre les murs tagués, le magasin hard discount et l’antenne locale de l’Agence Nationale Pour l’Emploi, recréant au bord de l’autoroute les jardins ouvriers, ersatz de campagne qui leur rappelleront les jardins de leurs ancêtres. Pendant ce temps, dans la vallée de l’Argentor, les gens vivent leurs petites histoires de tous les jours, loin des projecteurs et des caméras. Ils aiment, ils souffrent, ils vivent, ils meurent, ils vont travailler ou chercher un travail.

Des petites histoires aux tragédies de hameaux, des comédies de villages aux destins immenses des héros de canton, ainsi va la vie dans La vallée de l’Argentor.

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